Traduire les temps
Les subtilités du passé simple, passé composé et imparfait
Par Pauline Houssain, supervisé par Zackary Baert et Tony Capuano
La traduction est un processus linguistique qui pose de nombreux défis. Lorsque l’on parle de difficultés de traduction, on a tendance à penser aux références culturelles ou aux vides linguistiques, mais nul besoin de chercher aussi loin ; rien que traduire les temps peut devenir un vrai casse-tête. Un outil grammatical aussi simple et parlant pour un locuteur et omniprésent dans chaque langue, recouvre souvent plus de mystères que l’on ne croit. Il ne s’agit pas simplement de traduire les temps d’une langue à une autre, mais d’étudier et d’analyser l’usage que l’auteur a voulu en faire dans son texte. Parfois, il ne faut pas chercher bien loin, un présent simple en anglais comme dans la phrase « I have cereals for breakfast every morning » sera traduit par un présent de l’indicatif en français, soit « Je mange des céréales chaque matin au petit-déjeuner », car ces deux temps verbaux servent à exprimer une habitude.
Toutefois, dans de nombreux cas, la nuance que le temps utilisé dans la langue source sert à exprimer est bien difficile à identifier et surtout à retranscrire dans la langue cible.
Le passé simple
Ce temps presque désuet peut poser plusieurs difficultés de traduction. Tout d’abord, c’est un temps de moins en moins usité, surtout à l’oral, certainement car ses tournures alambiquées sont difficiles à prononcer et sa sonorité semble peu naturelle, surtout pour les locuteurs francophones de notre époque. Il est très souvent remplacé par le passé composé, un temps considéré comme moins complexe et donc plus accessible aux apprenants du français, mais aussi aux locuteurs francophones natifs. Normalement, le passé simple sert à exprimer une action brève qui s’est terminée dans le passé. Lorsque des adverbes comme « soudain » apparaissent dans une phrase, c’est ce temps qu’il faut privilégier. Cependant, dans bien des cas vous entendrez ou même lirez « et soudain il s’est mis à pleurer ».
Il fait, avec l’imparfait, partie des temps du récit. Autrement dit, dans un récit narré au passé, son utilisation est particulièrement régulée et précise. En traduction littéraire, il est donc toujours très usité, même si tout dépend toujours du style et du registre du texte.
Malgré qu’il soit appelé passé simple, ce temps n’a rien de simple à traduire, car de nombreuses langues n’ont pas vraiment d’équivalent exact. En anglais, il sera souvent traduit par un prétérit, un temps qui traduit aussi l’imparfait.

Le passé composé
Il sert, en règle générale, à exprimer une action achevée dans le passé qui a une incidence sur le présent. Tournures faciles à prononcer, sonorité agréable, le passé composé a su se faire une place dans la langue courante et constitue l’un des temps les plus utilisés dans la langue française, que ce soit dans la langue parlée, la presse ou les communications professionnelles. Il reste plus rare dans les écrits formels comme les actes juridiques ou dans la littérature classique. Même si sa conjugaison peut paraître plus facile que celle du passé simple, il faut garder à l’esprit qu’il existe certaines exceptions, comme la forme des participes passés qui n’est pas toujours régulière, et des règles très précises d’accord, surtout en ce qui concerne les verbes pronominaux.
Étant donné qu’il est très souvent utilisé pour remplacer un vrai passé simple, son usage peut être fautif. Ainsi, il est parfois difficile à traduire, surtout si les traducteurs ne sont pas sensibilisés à ce phénomène causé par l’usage. En français, de nombreuses tournures fautives sont d’ailleurs pleinement entrées dans la langue parlée du fait de l’usage et induisent en erreur autant les apprenants que les locuteurs natifs.
L’imparfait de l’indicatif
L’imparfait est utilisé pour exprimer une action qui dure dans le passé et peut être inachevée au moment de l’énonciation. Il insiste sur la durée ou la répétition d’une action passée. C’est également le temps de la description par excellence. En anglais, le preterit est souvent utilisé pour traduire l’imparfait, mais aussi le past continuous surtout pour les descriptions.
L’espagnol a tendance à utiliser beaucoup de temps verbaux du passé au mode subjonctif, comme l’imparfait du subjonctif dans les propositions subordonnées de condition introduites par la conjonction de subordination « si ». En français, on traduira ces formes à l’imparfait, car c’est ce temps qui est d’usage dans la langue. On ne cherche pas à imiter le temps de la langue source, mais simplement à retranscrire son équivalent dans la langue cible. Dans l’autre sens, cette règle fonctionne aussi ; un imparfait de l’indicatif en français sera traduit par un imparfait du subjonctif en espagnol. Ainsi, « Si j’étais malpolie, je l’insulterais » sera traduit par « Si fuera maleducada, lo insultaría ».
Ainsi, pour traduire les temps, il faut donc garder à l’esprit qu’une traduction mot à mot ne sera pas forcément la meilleure traduction. Ce qui importe n’est pas de traduire les temps dans la langue source par le même temps dans la langue cible, mais de retranscrire ce qu’a voulu exprimer l’auteur, l’intention ou la nuance qu’il a souhaité transmettre par le choix du temps. Il est primordial également d’adapter la traduction au style de l’auteur et au registre en considérant le type de texte et plus généralement en prenant en compte le contexte de traduction.
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