Traduire les signes de ponctuation
« Roger Federer a visité l’Empire State Building avant de filer à Times Square. » Cette phrase, Lorsque l’on parle de traduction, on pense à la langue, aux mots qui forment la phrase ou même plus précisément aux groupes syntaxiques qui la composent. On oublie souvent un élément essentiel de la structure d’un texte : la ponctuation. Son utilisation peut modifier la nature d’une phrase. En effet, cette dernière peut être déclarative, exclamative, injonctive ou encore interrogative, ce qui change son sens et la manière de la prononcer. Si déjà dans une même langue les règles concernant les signes de ponctuation sont très précises et peuvent complètement changer le sens d’une phrase, on peut s’imaginer que traduire les signes de ponctuation est d’autant plus complexe. Dans certains cas, une virgule en espagnol restera une virgule en français, mais dans bien d’autres cas, les traducteurs ne sont pas aussi chanceux et il faut se creuser les méninges pour traduire les signes de ponctuation ou pour finalement décider de les omettre. Tout traducteur la redoute un peu : combien de noms propres faut-il garder tels quels, et combien faut-il transformer ? Federer reste Federer, certes. Mais l’Empire State Building deviendrait-il un jour « le Bâtiment d’État de l’Empire » ? Et pourquoi, à l’inverse, personne n’écrit plus « Christophe Colomb » « Cristoforo Colombo » ? Derrière cette question en apparence anodine se cache en réalité l’un des exercices les plus délicats — et les plus mal compris — du métier de traducteur.

Par Pauline Houssain, supervisé par Zackary Baert et Tony Capuano
Les signes de ponctuation sont des composantes fondamentales de la communication écrite. Ils servent à retranscrire les marques de l’oralité, rendant ainsi un texte plus vivant et facilitant l’intonation à la lecture. Ils peuvent aussi marquer les degrés de subordination entre les différentes propositions qui forment la phrase et donc aider à en clarifier le sens et la logique. En somme, ils sont destinés à faciliter la compréhension du texte.
Le point
Il fait partie des signes de ponctuation les plus classiques, celui auquel on pense directement lorsque l’on entend « ponctuation ». Il permet de marquer la fin d’une phrase et suppose une longue pause à la lecture. Il sépare des propositions indépendantes qui transmettent des idées ou des informations différentes. Il est suivi d’une majuscule.
Même si son rôle principal est de marquer la fin d’une phrase déclarative, il peut aussi servir à mettre en valeur des phrases non verbales, notamment dans des textes littéraires.
La virgule
Elle sert à séparer les différents groupes syntaxiques d’une même phrase. À la lecture, elle est retranscrite par une légère respiration. Son usage varie grandement en fonction des langues, mais peut tout changer aussi dans une même langue. Ainsi, « Allons manger, Mamie » et « Allons manger Mamie » sont deux phrases au sens bien différent.
La virgule ne sépare jamais le sujet du verbe. Elle encadre les incises et les appositions, elle marque les énumérations et elle isole les compléments circonstanciels placés en tête de phrase.
Le point-virgule
Il sépare deux idées qui pourraient être indépendantes, mais qui restent étroitement liées. Il permet de conserver un lien logique sans couper complètement la phrase. Il n’est jamais suivi d’une majuscule à moins qu’il s’agisse d’un nom propre. En revanche, il est précédé d’une espace insécable.
Son utilisation varie toutefois selon les langues et les styles. Le traducteur doit donc se demander non seulement où le placer, mais aussi quel effet il produit sur le lecteur.
Le point d’interrogation
Il clôt une phrase interrogative, mais celle-ci peut exprimer, outre l’interrogation, le doute, l’ironie, l’étonnement ou le reproche. C’est le rôle du traducteur de comprendre l’intention qui se cache derrière l’utilisation de ce point d’interrogation pour ainsi la restituer naturellement. Par exemple, « Tu as vraiment fait ça ? » peut être une simple question, mais aussi traduire la surprise ou l’incrédulité. Cette nuance, une fois identifiée, permet de le traduire de telle sorte qu’il produise le même effet sur le lecteur de la langue cible.
Le point d’exclamation
Il peut exprimer la joie, la colère, la surprise, l’urgence ou encore l’enthousiasme. Il donne immédiatement une couleur particulière à la phrase. Par exemple, « Quelle bonne nouvelle ! » ne produit pas le même effet que « Quelle bonne nouvelle. » et suppose une intonation différente à la lecture. En traduction, conserver le bon niveau d’émotion est essentiel pour rester fidèle au ton du texte original.
Avec le point d’interrogation, il fait partie des signes de ponctuation qui sont précédés d’une espace insécable et suivis d’une majuscule.
L’espace insécable
Elle sert à lier le mot ou le signe qui la précède à celui qui la suit afin d’éviter leur séparation et d’empêcher le rejet du second en début de ligne.
Elle est utilisée avant le symbole de pourcentage et de degré, avant les symboles d’unités monétaires et de mesure, mais aussi avant certains signes de ponctuation. Elle est mise automatiquement sur des logiciels de traitement de texte comme Word, mais il est primordial pour le traducteur d’y être très attentif, car c’est un élément phare de la typographie, et maîtriser son utilisation démontre une grande connaissance de la langue écrite.
En traduction, la ponctuation ne se traduit donc pas toujours signe par signe. Comme souvent, traduire les signes de ponctuation est un processus qui demande de prendre en compte le contexte et les usages de la langue cible. Parce qu’une bonne traduction, ce n’est pas seulement trouver les bons mots : c’est aussi savoir où mettre les bons signes. Pour le traducteur, le défi consiste à comprendre pourquoi l’auteur a utilisé les signes de ponctuation de telle manière et de trouver la manière la plus naturelle de produire le même effet dans la langue cible. Les mots transmettent le message, mais la ponctuation lui donne sa respiration, son rythme et parfois sa personnalité. Son importance dans une phrase est donc primordiale. Ainsi, traduire les signes de ponctuation constitue une tâche bien plus complexe qu’elle en a l’air.
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